# Maître Liu vous parle : Démystifier le certificat d'origine dans les accords de libre-échange chinois Mesdames et Messieurs les investisseurs, bonjour. Je suis Liu, chez Jiaxi Fiscal. Cela fait près de 26 ans que j’accompagne les entreprises étrangères dans leurs démarches administratives en Chine, dont 14 années dédiées spécifiquement aux enregistrements et certifications diverses. Aujourd’hui, je souhaite aborder avec vous un sujet qui, je le vois trop souvent, est sous-estimé alors qu’il peut littéralement faire ou défaire la rentabilité d’une opération d’import-export avec la Chine : **la procédure d'obtention du certificat d'origine (CO) dans le cadre des accords de libre-échange (ALE)**. Beaucoup voient ce document comme une simple formalité douanière, une paperasserie de plus. Grave erreur. Dans le contexte économique actuel, où chaque point de marge compte, négliger le CO d’un ALE, c’est renoncer à des réductions tarifaires substantielles, parfois de l’ordre de 10% à 20% de la valeur de la marchandise. La Chine a signé une vingtaine d’ALE (avec l’ASEAN, la Suisse, la Corée du Sud, l’Australie, le RCEP…), créant un réseau complexe mais extrêmement avantageux. Pourtant, le taux d’utilisation de ces préférences reste en deçà des attentes, souvent à cause d’une méconnaissance des procédures. Cet article a pour but de vous donner les clés pour transformer cette complexité apparente en avantage compétitif tangible. Accrochez-vous, on entre dans le vif du sujet.

L'Éligibilité : Le Fondement

Avant même de penser formulaire, il faut se poser la question fondamentale : ma marchandise est-elle éligible à un traitement préférentiel ? C’est le point de départ non négociable. Chaque ALE contient ses propres règles d’origine, souvent techniques. La règle générale est que les produits doivent être "originaires" de la partie signataire. Concrètement, cela se joue sur deux tableaux. Soit le produit est "entièrement obtenu" dans le pays (ressources naturelles, produits agricoles cultivés sur place…), ce qui est relativement simple. Soit, et c’est le cas le plus fréquent pour les produits manufacturés, il a subi une "transformation substantielle".

Cette notion de transformation substantielle est le cœur du sujet. Elle est évaluée selon trois critères principaux, qui peuvent être utilisés seuls ou combinés selon l’ALE et la ligne tarifaire : le changement de classification tarifaire (le produit fini a un code SH différent de celui de toutes ses matières premières importées), le pourcentage de valeur ajoutée (un certain pourcentage de la valeur du produit doit provenir de la région de l’ALE), et les opérations de fabrication spécifiques (des processus précis sont requis ou interdits). J’ai vu une entreprise française de meubles perdre des mois et un contrat parce qu’elle pensait que le simple assemblage en Chine de composants majoritairement européens suffisait. Erreur : selon l’ALE Chine-UE, l’opération d’assemblage, sans changement de code SH suffisant, ne conférait pas l’origine. Ils ont dû payer les droits de douane pleins.

Il est donc impératif de consulter scrupuleusement les "listes de produits" annexées à chaque ALE. Ces documents, bien que rébarbatifs, sont la bible. Ne vous fiez pas à une intuition ou à une expérience avec un autre pays. Un conseil : faites appel à un déclarant en douane ou un consultant spécialisé pour une analyse d’origine au tout début de votre projet. Un investissement minime comparé aux économies potentielles et aux risques de redressement douanier.

La Préparation : Dossier Impeccable

Une fois l’éligibilité confirmée, place à la préparation du dossier. C’est là que le diable se niche dans les détails. L’autorité émettrice (souvent le Bureau du Commerce ou la Chambre de Commerce pour l’Import-Export, CCPIT) exige un ensemble de documents justificatifs pour attester de l’origine. La pièce maîtresse est la déclaration d’origine du fabricant. Ce document interne, souvent méconnu des investisseurs étrangers, est pourtant crucial. Il doit décrire le processus de production et calculer la valeur ajoutée régionale en s’appuyant sur des preuves.

Procédure d'obtention du certificat d'origine dans le cadre des accords de libre-échange en Chine

Ces preuves, justement, constituent le reste du dossier. Il vous faudra rassembler les factures d’achat des matières premières (pour prouver leur origine non préférentielle), les bons de livraison, les fiches de production, les calculs de coûts, et les factures de vente du produit fini. Tout doit former une chaîne logique et cohérente. Je me souviens d’un client suisse exportant des machines vers la Chine sous l’ALE Chine-Suisse. Son dossier a été rejeté une première fois car la déclaration du fabricant helvétique mentionnait un pourcentage de valeur ajoutée calculé sur le prix CAF, alors que les règles de l’accord spécifiaient le prix FAB. Un détail technique, mais fatal.

Mon expérience montre que les dossiers les plus solides sont ceux préparés en amont, en collaboration étroite entre l’exportateur, son fabricant, et son partenaire administratif en Chine. N’attendez pas la commande ferme pour vous y mettre. Établissez des procédures internes pour collecter et archiver ces preuves systématiquement. Un dossier bien monté, c’est une émission de CO rapide et sans accroc. Un dossier bâclé, c’est le risque de refus, de délais, et de perte de confiance de votre partenaire chinois.

La Demande : Processus et Pièges

La demande proprement dite s’effectue généralement en ligne via la plateforme du système de certificat d’origine de la Chine, mais une présentation physique ou un sceau original est souvent requis ensuite. Le formulaire de demande (le CO lui-même) doit être rempli avec une exactitude absolue. Toute divergence, même minime, entre les informations du CO, de la facture commerciale et du connaissement peut entraîner un rejet à la douane d’entrée. J’insiste particulièrement sur la description des marchandises. Elle doit être suffisamment détaillée pour correspondre à la ligne tarifaire visée, mais aussi identique à celle des autres documents.

Un piège courant concerne les renvois et les expéditions partielles. Pour une même commande divisée en plusieurs lots, il faudra généralement un CO par lot, avec mention spécifique. Pour les renvois de marchandises réparées, la situation est plus complexe : il faut pouvoir prouver que le produit renvoyé est bien le même que celui exporté initialement, et que les réparations n’ont pas altéré son origine. J’ai accompagné un exportateur australien de vin qui a dû faire face à un retour pour étiquetage défectueux. Sans la documentation initiale du CO et des preuves claires de l’identité des bouteilles, il aurait perdu le bénéfice préférentiel sur le retour.

Le délai de traitement est un autre point critique. Officiellement, c’est quelques jours ouvrables. En réalité, si le dossier n’est pas parfait, les allers-retours avec l’administration peuvent prendre des semaines. Dans le commerce international, un conteneur bloqué en attente d’un document, c’est des frais de détention et de stockage qui s’envolent. La clé est l’anticipation et la vérification méticuleuse avant soumission.

La Vérification : Contrôle Douanier

Obtenir le certificat n’est que la moitié du chemin. La seconde moitié, tout aussi importante, se passe à la douane du pays importateur. Les autorités douanières chinoises (ou celles de votre pays si vous importez de Chine) ont parfaitement le droit de vérifier l’authenticité et l’exactitude du CO. Ces vérifications peuvent être aléatoires ou ciblées, et surviennent parfois des mois après l’importation.

En cas de contrôle, que se passe-t-il ? Les douaniers peuvent exiger tous les documents justificatifs que vous avez utilisés pour obtenir le CO. Ils peuvent même mener une enquête sur place chez le fabricant pour auditer ses livres comptables et ses processus. C’est là que la solidité de votre préparation initiale fait toute la différence. Si vous ne pouvez pas fournir les preuves, ou si des incohérences sont trouvées, les conséquences sont lourdes : recouvrement des droits de douane non payés, majorations, amendes, et possiblement inscription sur une liste noire qui rendra vos futures importations systématiquement contrôlées.

Un cas marquant fut celui d’un importateur chinois de produits électroniques coréens. Il utilisait systématiquement le CO de l’ALE Chine-Corée. Un contrôle a révélé que pour l’un des composants clés, le fournisseur coréen avait changé et utilisait désormais une puce fabriquée à Taïwan, sans en informer l’importateur. La règle d’origine n’était plus respectée. Résultat : redressement sur deux ans d’importations. La leçon est amère : la conformité est un processus continu, pas un ticket à poinçonner une fois. Il faut auditer sa chaîne d’approvisionnement et s’assurer de la stabilité des règles d’origine de ses fournisseurs.

L'Auto-Certification : L'Avenir

Je terminerai par une évolution majeure qui simplifie la vie mais accroît la responsabilité : l’auto-certification. Adoptée dans des accords modernes comme le RCEP ou l’ALE Chine-UE révisé, elle permet à l’exportateur agréé de délivrer lui-même une déclaration d’origine sur sa facture ou tout autre document commercial, sans passer par une autorité de certification. C’est un gain de temps et d’argent considérable.

Mais attention, ce n’est pas une liberté sans contrepartie. Pour en bénéficier, l’entreprise doit souvent être "exportateur agréé", un statut qui impose des exigences strictes de tenue de registres et de maîtrise des règles d’origine. Les autorités douanières ont un droit de regard étendu sur vos archives. En cas d’erreur, même de bonne foi, les sanctions peuvent être plus sévères car vous avez outrepassé un rôle traditionnellement dévolu à l’État. C’est un système qui récompense les entreprises les plus structurées et les plus rigoureuses.

À mon avis, c’est la voie de l’avenir. Elle correspond à une logique de confiance mais de contrôle a posteriori renforcé. Pour les investisseurs, cela signifie qu’il faut investir dans des systèmes internes de gestion de la conformité, former son personnel, et peut-être se faire accompagner dans la mise en place. Ce n’est plus une option de "geek" de la conformité, c’est devenir un prérequis pour jouer dans la cour des grands du commerce international.

Conclusion et Perspectives

En résumé, naviguer la procédure du certificat d’origine dans les ALE chinois est un exercice exigeant mais hautement rentable. Cela va bien au-delà du remplissage d’un formulaire : c’est une stratégie d’optimisation douanière et de gestion des risques qui s’appuie sur une compréhension fine des règles, une préparation documentaire irréprochable, et une vigilance continue. Les points clés à retenir sont l’analyse préalable d’éligibilité, la constitution d’un dossier de preuves solide, l’exactitude absolue dans la demande, la préparation aux contrôles a posteriori, et la compréhension des nouvelles formes d’attestation comme l’auto-certification.

Pour les investisseurs, mon conseil est simple : ne sous-traitez pas ce sujet à un stagiaire ou ne le noyez pas dans les tâches du service logistique. Considérez-le comme un levier financier et un élément de votre due diligence. Faites auditer vos flux par un expert, formez vos équipes, et intégrez ces réflexes dans vos processus. Avec le développement continu du réseau d’ALE de la Chine, maîtriser cette compétence n’est plus un avantage, c’est une nécessité pour rester compétitif. L’avenir, selon moi, appartient aux entreprises qui sauront automatiser et digitaliser cette gestion de la conformité d’origine, en faisant un atout stratégique plutôt qu’une contrainte administrative. C’est un chemin que nous, chez Jiaxi Fiscal, aidons nos clients à emprunter depuis des années.

--- ### Le Point de Vue de Jiaxi Fiscal Chez Jiaxi Fiscal, avec notre expérience cumulative de plus de 26 ans aux côtés des entreprises internationales, nous considérons la gestion des certificats d’origine sous ALE non pas comme une simple formalité douanière, mais comme un **pilier stratégique de l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement et de la réduction des coûts**. Notre pratique nous montre que les entreprises qui réussissent le mieux sont celles qui intègrent cette dimension en amont, dès la conception du produit et la négociation avec les fournisseurs. Nous constatons deux écueils majeurs. D’une part, une **sous-utilisation flagrante des ALE** par méconnaissance ou par crainte de la complexité, laissant sur la table des économies substantielles. D’autre part, une **utilisation "à l’aveugle" et risquée**, sans documentation probante, exposant les entreprises à des redressements douaniers sévères. Notre rôle est de combler ce gap. Nous accompagnons nos clients dans la cartographie de leurs flux pour identifier les opportunités ALE, dans l’analyse technique des règles d’origine, et dans la mise en place de processus internes robustes pour la collecte et l’archivage des preuves. Nous les préparons également aux audits et à la transition vers l’auto-certification. À l’ère du RCEP et de la digitalisation des douanes, nous sommes convaincus que l’approche doit évoluer. Il ne s’agit plus seulement de produire un document, mais de **gérer des données de conformité tout au long du cycle de vie du produit**. L’avenir appartient à une gestion proactive, intégrée et technologiquement assistée de l’origine. C’est cette vision que nous portons, en aidant les investisseurs à transformer une obligation réglementaire en un avantage compétitif durable et vérifiable.